Sophie Garrec * Correctrice - chroniqueuse - auteure - parolière

Sophie Garrec  *  Correctrice - chroniqueuse - auteure - parolière

Arthur Rimbaud

 

1854 - 1891

 

 

SENSATION


Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue:

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

 

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien:

Mais l'amour infini me montera dans l'âme,

Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, -heureux comme avec une femme.

 

Mars 1870

 

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LE DORMEUR DU VAL

C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent; où le soleil, de la montagne fière,

Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.

 

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme:

Nature, berce-le chaudement: il a froid.

 

Les parfums ne font pas frissonner sa narine;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Octobre 1870

 

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Rêvé pour l'hiver

L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose

Dans chaque coin moelleux.

 

Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

 

Puis tu te sentiras la joue égratignée...

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le cou...

 

Et tu me diras: "Cherche !", en inclinant la tête,

- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

- Qui voyage beaucoup...

 

En wagon, le 7 octobre 1870

 

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Sonnet du Trou du Cul

Ames sensibles: s'abstenir ! On ne peut pas dire que je trouve ce sonnet beau mais il est "étonnant"... Je laisse le bon soin à chacun de l'interpréter à sa 'sauce'... :-)

 

Obscur et froncé comme un oeillet violet

Il respire, humblement tapi parmi la mousse

Humide encor d'amour qui suit la fuite douce

Des Fesses blanches jusqu'au coeur de son ourlet.

 

Des filaments pareils à des larmes de lait

Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,

A travers de petits caillots de marne rousse

Pour s'aller perdre où la pente les appelait.

 

Mon Rêve s'aboucha souvent à sa ventouse;

Mon âme, du coït matériel jalouse,

En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

 

C'est l'olive pâmée, et la flûte câline;

C'est le tube où descend la céleste praline:

Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !

 

Quatrains écrits par Verlaine, tercets par Rimbaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



03/06/2014
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